Les jeunes consomment moins... sauf la vapoteuse

Dans les dernières années, toutes les consommations (alcool, drogues, tabac) ont diminué chez les jeunes… sauf une : le vapotage. C’est le constat d’un rapport émis par la Direction régionale de santé publique de Montréal. Québec sans tabac a rencontré l’une de ses deux autrices, Kim Loranger.
Une diminution encourageante des consommations d’alcool, drogues et tabac…
« Il faut se rappeler que la majorité des jeunes ne consomme pas ou n’a pas de problème évident de consommation » nuance Kim Loranger, d’entrée de jeu. Donnée encourageante, la plupart des consommations de substances psychoactives ont diminué dans les dernières années. « La sociabilisation des adolescents change, note l’agente de planification, programme et recherche. « Il y a une augmentation des interactions en ligne qui peut contribuer à une diminution des occasions de sociabilisation en personne et le fait de se réunir amenait peut-être plus d’opportunités de consommation de drogues et d’alcool. Puis il y a aussi la normalisation de la non-consommation d’alcool chez les jeunes et les jeunes adultes surtout ».
… Mais une augmentation préoccupante du vapotage
Contrairement aux autres substances dont les consommations ont globalement diminué, les deux autrices ont constaté une hausse de la consommation des produits de vapotage. Selon les plus récentes données, 11 % des élèves du secondaire ont rapporté avoir vapoté dans le dernier mois. En 2016-2017, ils étaient 5 %.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette hausse, parmi lesquels les caractéristiques attrayantes des vapoteuses (saveurs, design). Kim Loranger note également que ce sont des « dispositifs utilisés dans plusieurs contextes et des dispositifs discrets ». De plus « ces contenus sont sur les réseaux sociaux donc ça contribue peut-être à une banalisation des produits de vapotage ».
Pour rappel, le vapotage de nicotine est associé à la dépendance à la nicotine. Il peut également entraîner des conséquences sur la santé respiratoire, cardiovasculaire et sur le système immunitaire.
L’impact de l’interdiction des saveurs en octobre 2023 pour le moment méconnu
Les données étant été relevées en 2022-2023, le retrait des saveurs et interdiction des caractéristiques attrayantes dans les produits de vapotage n’était donc pas encore entré en vigueur. Il faudra donc attendre la prochaine enquête pour connaître ses conséquences sur l’usage des jeunes. « On peut faire le lien avec le retrait des saveurs dans les cigarettes et petits cigares il y a quelques années qui a vraiment contribué à la diminution de la prévalence de la cigarette chez les jeunes. On est encouragé par cette règlementation-là! »
Les filles consomment plus que les garçons
« Autre point qui attire notre attention, il y a une plus grande proportion de jeunes filles que de jeunes garçons qui consomment. On n’a encore que des pistes d’explication à ça ». Parmi ces pistes, on peut nommer le marketing ciblé qui vise peut-être plus les filles particulièrement avec l’alcool, l’évolution des normes sociales, la santé mentale qui a peut-être été fragilisée depuis la pandémie, l’anxiété de performance etc.
Kim Loranger précise par ailleurs que cette tendance inversée se traduit dans plusieurs déterminants de santé (le sommeil, le temps d’écran) et pas seulement la consommation de substances psychoactives.
Agir sur les environnements
Afin de poursuivre la prévention des consommations de substance, la co-autrice du rapport avance plusieurs pistes d’action. « On parle de l’encadrement des substances, des normes sociales, de l’accessibilité et pas seulement d’actions sur les comportements individuels comme les connaissances et compétences ».
Les parents sont l’un des acteurs clés dans la prévention d’initiation à une substance. « Une piste peut être d’ouvrir la discussion avec les jeunes. Le rôle des parents c’est pas d’avoir toutes les réponses aux questions mais d’ouvrir un dialogue sans jugement pour que les jeunes se sentent écoutés, soutenus et qu’ils soient plus à même de parler de ce qu’ils vivent avec leurs parents ou adultes significatifs ». Plusieurs ressources sont disponibles afin d’informer et d’outiller les parents, comme Tel-Jeunes parents, ou encore Parlons-en maintenant, une plateforme qui s’intéresse spécifiquement à l’enjeu du vapotage.